Sans vouloir me la raconter au-delà du raisonnable, il me semble n’avoir pas manqué de nez il y a quelques mois, lorsque que je me suis penché sur l’annonce de deux des grands projets de la commune, les chantiers de rénovation et de réaménagement de la Maison de l’Île d’une part et de réhabilitation du musée Daubigny et de ses abords d’autre part. Si j’étais amateur de calembours il me serait facile de parler d’une DSIL-usion prévisible, mais nous sommes entre gens raisonnables, il convient donc de traiter de ce sujet avec le sérieux qu’il mérite.
Souvenez-vous de cette histoire : dans le mot du maire ouvrant l’Auvers Mag’ n°19 de janvier 2021, il était annoncé que ces deux grands projets pourraient être subventionnés à hauteur de 100% dans le cadre de la Dotation de Soutien à l’Investissement Local (DSIL), notamment dans sa part additionnelle découlant du projet France Relance. J’avais pointé à l’époque le fait que le projet n’était pas forcément réaliste, au regard des caractéristiques de la DSIL, qu’elle soit « normale » ou dite « DSIL relance ».
En effet, deux problèmes majeurs s’opposaient à ce doux rêve de voir la commune ne rien débourser pour mener à bien les deux projets :
- Une subvention accordée dans le cadre de la DSIL ne peut dépasser 80% du montant du projet,
- Les montants cumulés espérés pour ces deux projets auraient représenté le tiers du total du montant à attribuer en 2021 dans le cadre de la DSIL Relance pour l’ensemble de la Région Île-de-France.
Autant dire, que tout cela ne paraissait vraiment pas très réaliste. Au point d’évoquer en conclusion de l’article l’idée de parier sur le fait qu’une subvention à 100% de ces deux projets ne puisse pas être accordée. J’aurais dû parier.
Le musée Daubigny
Comme évoqué dans ma revue des Recueils des Actes Administratifs des deuxième et troisième trimestre 2021 (dans la section consacrée au RAA du deuxième trimestre), les subventions envisagées pour contribuer au financement des travaux du musée Daubigny ont été revues. Dans ses délibérations 2021/034, 2021/035 et 2021/042, le Conseil Municipal a approuvé le fait que des subventions pour la phase 1 de l’agrandissement du musée soient sollicitées auprès de trois dispositifs ou entités : la DSIL (encore elle), le Département du Val d’Oise et la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC).
Le montant estimé des travaux s’élève à 1 114 344,00 EUR TTC. Les demandes de subventions se décomposent comme suit :
- 371 448,00 EUR dans le cadre de la DSIL, soit 40% du total, ce qui, bien qu’optimiste, n’est pas irréaliste.
- 139 293,00 EUR auprès de la DRAC, soit 15% du total. Dans son bilan 2020 la DRAC, revient sur le label « Musée de France » obtenu par le musée Daubigny (Cf. page 55 du document, téléchargeable ici), un soutien paraît donc raisonnablement envisageable.
- 213 582,60 EUR auprès du département, soit 23% du total.
On le voit ici, il n’est plus question ici d’un projet financé à 100% par une subvention dans le cadre d’un dispositif unique. Ce changement n’a à ce jour pas fait l’objet d’une information aux administrés ailleurs que dans le RAA du deuxième trimestre. Une transparence totale exigerait qu’un correctif « grand public » fût publié quelque part, afin d’informer les auversois que si le projet concernant le musée Daubigny verra bien le jour, ce ne sera pas sans que la ville n’ait à débourser un centime.
La réalité de la communication publique étant ce qu’elle est, il est assez peu probable qu’un tel rectificatif soit publié un jour. Attention, il ne s’agit pas ici de pointer du doigt ou de dénoncer dans une démarche purement partisane. Je crois fermement au droit à l’erreur, partant du principe que c’est aussi en se trompant qu’on apprend à bien faire les choses. Malheureusement, tout le monde ne l’envisage pas ainsi, et surtout pas ceux qui vivent dans la crainte de se voir reprocher le moindre faux pas.
C’est aussi pour cela qu’un site comme Auvers.info existe : un bon citoyen est un citoyen éclairé, il est donc important qu’il soit informé aussi précisément que possible. C’est en tout cas ce que je crois.
La Maison de l’Île
Trêve de grandiloquence et d’autosatisfation à peine dissimulée, penchons-nous maintenant sur le cas de ce qu’il convient de considérer comme l’un des pôles majeurs de la vie municipale, la bien-aimée mais vieillissante Maison de l’Île. Son cas est évoqué dans le RAA du troisième trimestre 2021, puisqu’on y apprend dans la décision du maire 2021/044 que l’appel d’offres pour la maîtrise d’œuvre des travaux a été remporté par OBLO Officina di architettura, ce qui nous montre bien, si besoin était, que le projet est voué à se concrétiser.
Il se trouve qu’au cours du Conseil Municipal, qui s’est tenu le 9 décembre dernier, il a également été question de ce bâtiment municipal et des projets le concernant. La séance venant d’avoir lieu, aucun compte-rendu n’est encore disponible sur le site de la ville (et ce n’est pas près d’arriver, le dernier compte-rendu mis en ligne est celui du Conseil Municipal du 11 février 2021, alors que depuis il y en a eu 3 autres), et le RAA du quatrième trimestre 2021 ne sera probablement disponible que dans quelques semaines.
Il est toutefois possible de prendre connaissance de ce qui a pu se dire durant ce dernier conseil en en visionnant la captation de sa diffusion en direct sur Facebook. On peut évidemment s’interroger sur le fait que la ville n’ait pas trouvé d’autre solution que de s’en remettre à ce mastodonte américain mangeur de données personnelles pour permettre à ses administrés d’assister à ce type d’évènement, mais enfin, cela fera l’objet d’un prochain article. Ceux que le fait de se faire traquer un peu plus par Facebook indiffère et qui ont un peu de temps devant eux (un peu plus de 2 heures tout de même) pourront accéder à la vidéo en cliquant sur ce lien.
Pour ceux qui n’auraient ni te temps ni l’envie, sachez simplement qu’à partir des environs de la 45ème minute de cette vidéo, le financement des travaux de la Maison de l’Île (mais pas que, comme vous le verrez) est abordé. Histoire de ne pas entretenir un suspense inutile, sachez que, tout comme pour le musée Daubigny, le principe d’un financement subventionné à 100% dans le cadre de la DSIL n’est plus du tout d’actualité.
Je vous épargne les détails, je n’ai pas pris le temps de tout prendre en note mot-à-mot, mais, en gros, un dossier de Contrat d’Aménagement Régional (CAR) a été monté, afin de pouvoir faire subventionner les travaux de la Maison de l’Île ainsi que la construction de la future Maison de la Solidarité (en une de l’Auvers Mag’ n°22 de novembre 2021). Il a fallu monter un dossier regroupant trois projets : un pour la rénovation de la Maison de l’Île, un pour un pôle de rencontre dédié aux associations (dans les faits physiquement intégré à la Maison de l’Île) et un pour la Maison de la Solidarité. Apparemment, un montage de ce type était nécessaire, ne me demandez pas pourquoi.
Toujours est-il que le coût envisagé pour l’ensemble des travaux s’élève à un peu plus de 2 880 000 EUR. La subvention escomptée s’élèverait à 1 400 000 EUR, répartis entre la région (1 M€) et le département (400 K€). En complément, la commune souscrirait 3 emprunts successifs de 400 000 EUR chacun en 2022, 2023 et 2024, pour ne pas grever les finances de la ville.
Dans son intervention à propos de ce projet, madame notre maire a pris soin de rappeler que lors de son élection pour son premier mandat en 2014, la ville était très endettée, et qu’il reste aujourd’hui encore une dette de 6,5 M€ qui nécessitera du temps avant de pouvoir être remboursée. Elle a plaisanté sans malice sur le fait que deux mandats de plus seront sûrement nécessaires, et que puisqu’elle sera là à ce moment-là, ce remboursement arrivera bel et bien.
J’en profite pour ouvrir une petite parenthèse. Pour amusante que soit la blagounette, on ne peut s’empêcher de relever qu’une dette de 6,5 M€, certes, c’est beaucoup, mais qu’enfin, un remboursement plus rapide aurait été possible en d’autres circonstances. En effet, depuis quelques années, notre ville subit un prélèvement sur son budget en raison de son manque de logements sociaux, et surtout de son absence d’action face à cette problématique, ce prélèvement n’étant que l’un des aspects des sanctions appliquées par la Préfecture du Val d’Oise.
Puisqu’on parle de gros sous, tenons nous-en aux chiffres. Actuellement, le prélèvement annuel lié au non-respect des objectifs de la ville en matière de logements sociaux s’élève à 382 000 EUR par an. Multipliés par 6, cela nous fait donc 2 292 000 EUR par mandat si le montant du prélèvement n’augmente pas, ce qui reste à voir. Et si l’on compte bien, si on ajoute au mandat actuel les deux mandats supplémentaires évoqués durant ce petit moment de légèreté, on arrive à 6 876 000 EUR. Soit un peu plus que le montant de la dette à rembourser. Amusant, non ? Fin de la parenthèse.
Pour en revenir au sujet initial, on constate donc, là-aussi, que la municipalité a largement revu ses ambitions en matière de subventions pour ce projet. Alors qu’on partait d’une annonce euphorisante annonçant une rénovation quasi gratuite de la Maison de l’Île, on en revient à quelque chose d’un peu plus conforme à la réalité. Tant mieux. Là-aussi, on se prend à rêver d’une communication aux auversois qui resituerait les choses par rapport au projet initial, mais si elle devait advenir, il est probable que les moyens et le ton soient moins tonitruants que l’annonce des projets janvier dernier.
La suite des évènements
À la différence de certains serpents de mer de la communication municipale, comme le projet de résidence senior pour n’en citer qu’un, il apparaît au regard de tout ce qui a été évoqué dans cet article, que ces deux grands projets de la municipalité vont bien se concrétiser. Si leur aspect prioritaire peut être débattu, il n’empêche qu’ils reposent sur un besoin réel d’intervenir pour sauvegarder et redynamiser ces bâtiments municipaux.
À titre personnel, je dois avouer que je ne suis pas franchement convaincu par le projet de la Maison de l’Île. Je regrette notamment que dans sa forme actuelle il n’ait pas été pensé pour aider au développement du Conservatoire de la CCSI, alors même que ce dernier utilise déjà une partie des locaux, et aurait grand besoin d’un peu plus d’espace pour pouvoir se développer.
Mes enfants, qui sont inscrits au Conservatoire, assistent à leur cours dans les locaux suivants :
- 3 salles vieillottes d’une vingtaine de mètres carrés dans la Maison de l’Île,
- Les locaux de Sognolles à Méry, dont on peut dire qu’ils ont le mérite d’exister, mais aussi qu’ils font peine à voir.
Ce n’est pas la première fois que je l’évoque, mais c’est un fait : la comparaison avec des structures du même type aux alentours est édifiante. Prenez par exemple, le conservatoire de Persan : sur le même site, on trouve 13 salles d’enseignement, une salle de pratique collective et d’éveil, une auditorium de 174 places et même des locaux administratifs dédiés (source). Le tout dans une ville de moins de 15000 habitants.
La Maison de l’Île aurait pu, dans le cadre de sa refonte, devenir une vraie base opérationnelle pour le Conservatoire de la CCSI, mais ce n’est pas une direction prise par le projet pour le moment. Il y est simplement question d’un espace « modulaire » de 80 m2 dédié à la musique en lieu et place des 3 salles distinctes actuelles, et pas plus. Et quand on parle de modularité, de quoi parle-t-on d’ailleurs, de cloisons amovibles ? Est-ce vraiment une solution adaptée pour des cours de musique ?
On notera que le projet, tel que présenté dans le RAA du quatrième trimestre 2020 prévoit plus de 140 m2 pour la création d’un restaurant au sein de la Maison de l’Île (Cf. page 110 pour les surfaces envisagées). Oui, un restaurant. Dans des locaux appartenant à la municipalité. Alors que le Conservatoire de la CCSI manque cruellement de place. Je veux bien que le repas gastronomique des Français ait été classé au patrimoine immatériel de l’Humanité par l’UNESCO, mais enfin, certaines priorités me surprennent dans cette histoire.
Tout espoir n’est cependant pas perdu, puisque pour le moment la première pierre du chantier n’a pas encore été posée, il n’est donc pas impossible d’envisager une éventuelle réaffectation des locaux un peu plus en phase avec les besoins des auversois (et des habitants de la CCSI). Ces deux projets, sont importants, à n’en pas douter. Raison pour laquelle il paraît nécessaire d’associer les auversois à leur définition.
Si pour le musée Daubigny un débat dantesque n’est pas à attendre, il n’est pas certain que le projet de la Maison de l’Île dans sa forme actuelle corresponde en tout point à ce qui siérait le plus aux auversois dans leur ensemble. La question du restaurant me semble, vous l’aurez compris, être la plus discutable au regard des autres possibilités. Mais ce n’est que mon avis. Et il y en a certainement bien d’autres à entendre pour arriver à un projet qui satisfasse le plus grand nombre.