Henri Queuille, en bon politicien, n’était pas à une blague près quand il s’agissait de regarder les électeurs de haut. Ainsi, il aurait un jour déclaré « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ».
La liste Tous Unis Pour Auvers avec à sa tête la maire sortante a été réélue l’année dernière en récoltant un score écrasant frôlant les trois-quarts des bulletins exprimés. On aura beau dire que le scrutin s’est tenu au début de l’explosion de l’épidémie de COVID-19, l’écart est tellement significatif qu’il est probable qu’un contexte sanitaire différent n’aurait pas changé grand-chose.
Qui dit réélection, dit satisfaction vis-à-vis du mandat écoulé, et adhésion au nouveau programme, c’est aussi simple que cela. Pour ce qui est de la première condition, on peut supposer que cette satisfaction naît notamment du constat du respect des engagements pris lors de la campagne précédant le mandat. Vraiment ? Voyez-y une forme de passion pour l’histoire contemporaine, vérifier ce qu’il a pu en être en réalité est beaucoup trop tentant pour ne pas s’y attarder un peu.
La liste Tous Unis Pour Auvers disposait d’un site internet en 2014, ce qui ne fût pas le cas en 2020 : plus rien n’est accessible à l’adresse https://tousunispourauvers.fr/. Internet étant toutefois un endroit curieux, il est possible de retrouver trace des écrits de l’époque grâce à un genre de machine à voyager dans le temps, la Wayback Machine mise à disposition par l’Internet Archive.
Grâce à ce curieux outil, il est possible de parcourir certaines pages du site de campagne de la liste Tous Unis Pour Auvers telles qu’elles se présentaient avant sa fermeture. Tout n’est pas accessible, la version PDF du programme, par exemple, n’est plus disponible (ce qui est d’ailleurs bien dommage), la Wayback Machine n’archivant pas ce genre de contenu. Néanmoins sur beaucoup de pages archivées, on trouve trace des engagements pris à l’époque.
Par exemple, sur le premier onglet, consacré à la gestion de la ville, le tout premier engagement est celui de la candidate au poste de maire : « Je serai un Maire à 100 % disponible pour sa ville . Je n’ai aucune ambition politique et ne convoiterai aucun autre mandat.« .
Pour le coup, l’engagement a été respecté sur les 6 ans de ce premier mandat. La situation a un peu évolué au début du second puisque notre maire est également devenue Présidente de la Communauté de Communes Sausseron-Impressionnistes, mais enfin, il n’était plus question de non-cumul de mandat dans le programme 2020, et dans le cadre des intercommunalités de petite taille comme la CCSI, on peut difficilement parler d’un vrai cumul de mandat de ceux qui agacent l’électeur moyen.
Mais alors qu’en est-il d’autres engagements pris en 2014 et visibles sur le site ? Ont-ils pu être tenus en 6 ans ? C’est ce que nous allons vérifier onglet par onglet, en opérant une sélection totalement arbitraire, car enfin, le respect de certains engagements est difficile à évaluer : « Penser l’urbanisme dans la globalité de la ville : stationnements/infrastructures/circulation/environnement« , comment estimer le degré d’achèvement d’un truc pareil ? Dans ce bel inventaire à la Prévert, il a fallu choisir, faute de disposer du programme exhaustif.
Gestion
« Maîtriser les investissements, retrouver des marges de manœuvre, consacrer à terme ces moyens retrouvés à une baisse des impôts.«
Alors, là, il y a autant d’avis que de contribuables et/ou administrés. Aucune chance que je puisse avoir un avis tranché sur la question sans des mois de recherches. En tout cas, plutôt que de parler d’une baisse d’impôt, dans son programme de 2020 la liste Tous Unis Pour Auvers fait état d’une augmentation des impôts communaux de 0% en fin de premier mandat. Pas d’une baisse à proprement parler.
« Un budget équilibré, centré sur les priorités des Auversois«
Alors bon, là, c’est un peu pareil, il y a autant de priorités que d’auversois. Le père d’enfants scolarisés à Auvers que je suis vous dirait que plutôt que de coller des pavés en entrée de ville, on aurait pu d’abord s’occuper de la réfection des sanitaires de certaines écoles, mais je ne suis pas forcément objectif. Quant à l’équilibre du budget, c’est aussi une question qui demande une étude plus approfondie avant de pouvoir se faire un avis éclairé. Mais l’équipe municipale en place tombera sûrement d’accord pour dire qu’il est tout ce qu’il y a de plus équilibré.
« Développer de nouvelles recettes dans le domaine culturel et touristique«
Alors là, évidemment, on est un peu perdu quant au sens du mot « recettes ». On ne sait pas d’il s’agit de recettes au sens des pépettes qui viennent garnir l’escarcelle du budget municipal, ou si on est dans la métaphore culinaire pour parler des façons de faire propres à développer l’activité culturelle et touristique. Disposer du programme vrai de vrai aiderait sûrement à savoir de quoi il est question, mais hélas, encore une fois, il n’est plus disponible, et je n’ai pas eu la présence d’esprit de le conserver à l’époque.
Urbanisme
« Elaborer le Plan Local d’Urbanisme en concertation avec les auversois »
Tout dépend du point de vue. Dans son avis sur les conclusions du commissaire enquêteur PLU, la mairie précise que les avis de 50 personnes ont été recueillis (sur les 5300 qui auraient pu le donner), et écrit partir du principe que « Dès lors que la population a bien été informée et invitée à faire connaître ses remarques, il est légitime de penser que si celle-ci avait conçue (sic) à l’égard du projet un ressentiment ou un rejet elle n’aurait pas manqué de le faire savoir.« . Qui ne dit mot consent, quoi. Mais alors peut-on vraiment parler de concertation avec les auversois ?
Le PLU de 2016 était le premier de l’histoire, puisqu’il venait remplacer un POS (Plan d’Occupation des Sols) datant de 1994. Autant dire que les auversois n’étant pas rompus à l’exercice de la consultation publique sur ce genre de sujet, le peu d’avis recueillis en dit long sur le succès de l’opération. Un des courriers reçus dans ce cadre disait d’ailleurs ceci : « Ces deux documents sont d’une lecture assez complexe, y compris pour quelqu’un ayant la pratique de ce type de documents.« .
Enfin, on notera que dans son rapport d’enquête publique le commissaire enquêteur pointe déjà les difficultés à venir pour l’application de l’article 55 de la loi SRU liées à la conception de ce PLU. Si les auversois avaient eu notion du fait qu’à la fin du premier mandat de l’équipe municipale en place la ville se verrait appliquer des pénalités de presque 400 000 € par an pour non-respect de ses obligations en matière de logement social, avec entre autres justifications municipales l’impossibilité de faire le nécessaire à cause du PLU, la consultation aurait peut-être pris une autre tournure.
« Construire des logements sociaux par petites unités en harmonie avec notre terroir«
Engagement tenu ou pas ? Les centaines de milliers d’euros de prélèvements liés au logement social font office de réponse. Notons qu’avec le cumul au fil des ans, ont dépasse allègrement le million d’euros partis en fumée. L’absence de baisse d’impôts tient à ce genre de menu détail.
« Bloquer tous les projets de construction à venir du maire sortant«
Mission accomplie. À quel prix ? Cf. plus haut pour les histoires de logement social et ce que ça coûte à la ville et donc à ses habitants.
Cadre de vie
« Une ville propre, soignée, fleurie, entrées de ville et des quartiers revalorisés »
Chacun jugera ce qu’il en est de ces engagements. L’aménagement d’un carrefour peut-il suffire à revaloriser un quartier dans son ensemble ? La pose de pavés comme s’il en pleuvait est-elle de nature à assurer le fleurissement de la ville ? Sur ce dernier point on rappellera que la place de la mairie, haut lieu de minéralité architecturale, a fort peu à voir avec la représentation qu’en avait fait Vincent Van Gogh en son temps (saurez-vous identifier les 73 différences ?).
Bref, sûrement autant d’avis que d’habitants sur cet engagement. Tout comme pour les suivants : entretien et valorisation des espaces naturels, réorganisation des parkings ou encore sécurité routière et circulation automobile.
« Développement des transports en commun et des modes de déplacements alternatifs (covoiturage, circulation douce) »
Dans ce domaine, difficile de dire qu’entre 2014 et 2020 les choses ont radicalement changé à Auvers. Les hordes de cyclistes, skaters et autres patineurs n’ont pas franchement déferlé dans les rues. Quant au covoiturage, difficile d’identifier une réelle percée de la pratique ou dans quelle mesure elle est encouragée par la municipalité.
Jeunesse & Sports
« Organisation des rythmes scolaires dans une vraie concertation et collaboration avec les professeurs, les assistants de vie scolaire, les éducateurs, les parents et le tissu associatif »
Ah oui, je me souviens qu’en 2015 ou en 2016, on nous avait demandé si, en tant que parents d’élèves, on voulait maintenir l’école le mercredi matin comme cela était en place. Le mercredi sans école a été plébiscité, et mis en place. Voilà, voilà. Engagement tenu ?
« Création d’un parc de loisirs destiné à la jeunesse et ouvert à des pratiques sportives autonomes. »
Idée géniale. Mais, sauf erreur, de création point. Dommage.
« Organisation d’une aire de jeux conviviale adaptée aux petits (balançoire, toboggan) à l’intérieur du Parc Van Gogh. »
Organisation d’une aire de jeux ? La formulation est curieuse, mais il est vrai qu’une aire de jeux est bien apparue dans le parc, pour le plus grand bonheur des enfants et de leurs parents. Alors oui, il n’y a pas de balançoire, mais il n’y a pas un toboggan, non, pas deux toboggans non plus, non, mais bien trois toboggans !
Le revêtement de sol en copeaux de bois volants ne fait certes pas nécessairement l’unanimité, m’enfin les enfants sont contents, et c’est bien ce qui compte. Les familles établies dans les quartiers plus périphériques espèrent maintenant avoir eux aussi droit à ce genre d’aménagement, dans un futur pas trop éloigné de préférence.
« Un parc des sports accessible à tous »
Non, ça ne s’est pas produit.
Vie locale
« Etude d’une résidence pour personnes agées »
Et oui, déjà ! En 6 ans, l’étude a-t-elle été réalisée ? On n’a en tout cas pas encore vu surgir de terre une résidence sénior, véritable serpent de mer de la communication municipale, durant le mandat 2014-2020. Qu’en sera-t-il du suivant ? Le programme 2020 de la liste Tous Unis Pour Auvers consacre toute une page à ce possible projet, en employant ces termes au sujet d’un terrain acquis sur le lieu-dit des Perruchets : « Nous envisageons d’y construire une résidence seniors ».
Notez bien qu’en 2014 il n’était question que d’étudier une résidence (encore une formulation inattendue) et qu’en 2020 il n’est question que d’envisager une construction. Qui sait, peut-être le programme 2026 comptera-t-il un véritable engagement à réaliser ce projet…
« Mise à disposition d’un espace dédié aux associations »
Chouette idée, mais, attention. Bien des associations de la ville utilisent des locaux municipaux, personnes ne le contestera. Mais les termes employés parlent bien d’un espace dédié aux associations, qu’à priori il parait difficile d’identifier à ce jour. Difficile de parler d’un engagement tenu.
Patrimoine
« Protéger notre patrimoine naturel paysager, préserver notre architecture rurale et mettre en valeur nos sites historiques emblématiques. »
Rien n’a été construit dans les hauts d’Auvers, les champs restent des champs. Tout à été fait pour éviter les constructions de logements sociaux. Un déluge de pavés s’est abattu sur nos sites historiques et continuera sans doute de s’abattre.
« Élaboration de procédures de protection et de labellisation, classement de la route des peintres à L’UNESCO. »
Les efforts furent en effet nombreux pour vitrifier la ville et en faire un musée à ciel ouvert. Dans ce contexte, oui, pourquoi de pas pousser le délire jusqu’à tenter d’obtenir un classement au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Ce qui n’aura pas abouti en 6 ans. Mais on repart pour un tour pour le mandat suivant, semble-t-il.
« Réaménager la place de la mairie, remettre en valeur le parvis de l’église »
Des pavés, des pavés, toujours des pavés…
« Notre patrimoine exceptionnel sera le socle sur lequel nous bâtirons l’avenir. »
C’est un engagement, ça ? Méfiance, utiliser des pavés pour ses fondations, ce n’est pas idéal.
Tourisme & Culture
« Le tourisme doit profiter aux auversois »
Comme le disait la mère Denis, c’est ben vrai ça. Quant à savoir ce que cela peut concrètement vouloir dire… En tout cas, difficile d’affirmer que cet engagement a été tenu. Hormis peut-être pour nos concitoyens qui ont un compte propriétaire sur AirBNB, mais qui l’ont fait en toute indépendance.
« Notre ville doit devenir une vraie ville d’Art et d’Histoire, un véritable pôle culturel et touristique pour notre département. »
Véritable engagement ou vœu pieux ? Auvers est de toutes façons, et depuis longtemps, la première destination touristique du Val d’Oise (bien tenté, Mirapolis !). La ville conserve son attrait pour les touristes, merci à Van Gogh d’avoir fini sa vie trop tôt sur ces terres, mais avant de pouvoir se définir comme pôle culturel, du chemin reste à parcourir. Avoir un Conservatoire avec des murs propres serait déjà un bon début, je dis ça, je ne dis rien. Et puis bon, supprimer la subvention au Festival d’Auvers, contributeur majeur au rayonnement culturel de la ville…
« Nous devons développer des partenariats publics/privés nationaux et internationaux afin d’envisager des projets de grandes envergures. »
Et n’oublions pas à côté de cela de ne jamais trahir notre identité rurale, n’est-ce pas ? En six ans de mandat, non, les partenariats ne se sont pas franchement multipliés. Ou alors ils manquent cruellement de visibilité.
« Nous proposerons à tous les Auversois un accès à l’offre culturelle locale (bibliothèque, associations culturelles) »
C’est un fait, une médiathèque à ouvert ses portes, en janvier 2020. Et c’est une très bonne chose. Il est cependant difficile d’affirmer qu’en dehors de la médiathèque la mairie œuvre pour une offre culturelle locale abondante et variée.
Ainsi, le Conservatoire de la CCSI a bien du mal à exister. D’une part il ne dispose pas de locaux propres, ce qui limite sa visibilité, d’autres part ses tarifs sont à la limite du prohibitif. On pourra m’objecter qu’un conservatoire coûte cher, ou encore que nous n’avons pas les moyens d’une agglomération comme Cergy-Pontoise, mais en vérité, quand on veut, on peut, il n’est qu’à prendre l’exemple du Conservatoire de Persan.
Les Persanais ont accès à un véritable conservatoire, comprenez avec des murs et tout. Les tarifs de la structure sont deux à trois fois moins élevés que ceux du Conservatoire de la CCSI (qui viennent d’ailleurs de subir une furieuse augmentation cette année, sans explication aucune, voir cet article). Persan, c’est 12000 habitants, contre 7000 pour Auvers. Mais le Conservatoire de Persan dépend de la commune uniquement. Or chez nous, le Conservatoire est une émanation de la CCSI, qui elle, compte pas loin de 20000 habitants. Il nous manque donc une véritable volonté de faire mieux.
Oui, je sais, je focalise sur le Conservatoire. Mais pour en avoir fréquenté un « normal » durant mes jeunes années, j’enrage de voir à quel point le soutien à cette structure est limité, et combien l’effort financier est important pour pouvoir y avoir accès.
Bref.
Après ce passage en revue de divers engagements pris par la liste Tous Unis Pour Auvers en 2014 sur son site internet d’alors, on peut constater qu’un certain nombre d’entre eux n’ont pas abouti à des réalisations concrètes. Il ne s’agit pas ici de dénoncer cet état de fait. Lorsqu’il s’agit de prendre la place de quelqu’un, les candidats aux élections, qu’elles soient locales ou nationales rivalisent toujours de projets ambitieux, c’est bien normal. La promesse de changement peut être la clé pour l’emporter, mais elle est en général impossible à tenir entièrement.
Les candidats à la réélection le savent bien, et jouent souvent la carte de la constance et des promesses tenables pour leurs seconds mandats et au-delà. À cet égard, le programme 2020 de la liste Tous Unis Pour Auvers (toujours accessible ici) est bien plus raisonnable qu’en 2014. Les engagements y demeurent nombreux et se divisent, en gros, en deux catégories :
- Les plus simples comme maintenir une tribune pour l’opposition dans l’Auvers Mag, ça ne coûte pas cher et c’est de toute manière obligatoire, ne pas modifier le PLU, ou encore protéger « les insectes qui assurent la pollinisation d’une multitude de végétaux » (si, si, c’est écrit comme ça , vous pouvez vérifier en page 15),
- Les plus ambitieux comme créer des jardins collectifs, désengorger la D928 en concertation avec Méry, ou construire un espace de rencontre et de rassemblement pour les jeunes.
On trouve également dans ce nouveau programme des sections un peu plus évasives. Ainsi, concernant la Résidence Senior (déjà présente dans le programme 2014, mais toujours pas construite, comme évoqué plus haut), à qui une page entière est consacrée (page 11), il n’y a aucun engagement de pris. On envisage, on ne s’engage pas à. Idem, pour une éventuelle cuisine centrale scolaire, la liste s’engage non pas à la construire, mais à étudier sa création, nuance.
Vous l’aurez compris, l’idée est de ne pas s’engager dans des projets possiblement irréalisables, posture à la fois prudente et compréhensible. Néanmoins, après avoir lu ce programme et constaté que ce dernier l’avait emporté, le citoyen auversois est en droit d’attendre de le voir, au moins en partie, se concrétiser. C’est là tout l’objet du site Auvers, Tout Un Programme : vérifier dans quelle mesure le mandat en cours voit les ambitions listées dans le programme 2020 se réaliser. Un premier article consacré à la Résidence Senior a été publié, d’autres viendront au fil des mois et années.
Histoire de pouvoir faire un bilan un peu exhaustif en 2026.
Ou de lancer quelques paris sur l’avenir 🙂