Le 1er juillet dernier, les parents d’élèves et élèves du Conservatoire de la Communautés de Communes Sausseron-Impressionnistes (CCSI) ont reçu un courriel les informant de la nouvelle grille tarifaire applicable pour l’année scolaire 2021-2022. Le courriel en question explique sur un ton fort enjoué que la CCSI participera à hauteur de 50% au frais d’inscription des enfants et étudiants habitant l’une des communes de la CCSI, et à hauteur de 20% pour les adultes habitant l’une de ces mêmes communes. Il est par ailleurs précisé qu’à compter du deuxième élève de la même famille, une réduction « supplémentaire » de 5% sera appliquée.
Tout ceci ressemble à une bonne nouvelle… dès lors que l’on n’a pas d’enfants déjà inscrits au Conservatoire ou qu’on ne l’est pas déjà soi-même. Parce que, de fait, si l’on est dans l’une de ces deux situations, il est facile de retrouver les tarifs appliqués pour l’année scolaire 2020-2021 et de constater qu’en réalité c’est une augmentation substantielle des tarifs qui se produit. Des images valant parfois mieux qu’un long discours, voyons de plus près ce qu’il en est.
Les tarifs de l’année scolaire 2020-2021 :

Les tarifs de l’année scolaire 2021-2022 :

(On notera qu’ici la FM, acronyme usuel de la Formation Musicale – le solfège, si vous préférez – est remplacé par une « Formule Mixte » un poil hors-sujet)
Dans le détail, et en chiffres, voyons un peu dans quelles proportions les différents tarifs augmentent pour les habitants de la CCSI:
- Pour la Formule Complète (Solfège + Instrument + Chorale), on passe de 494 EUR annuels pour les enfants/étudiants à 550 EUR, soit une augmentation de 11,33%; pour les adultes on passe de 677 EUR à 880 EUR, soit 29,98% d’augmentation pour cette population.
- Pour l’Éveil Musical (qui ne concerne que les enfants), on passe de 134 EUR annuels à 148 EUR, soit une augmentation de 10,44%,
- Pour la Chorale ou le Solfège seuls (ou la mystérieuse « Formule Mixte ») d’une part, et la Formule pratique collective d’autre part, on passe de 146 EUR annuels à 160 EUR pour les enfants/étudiants, soit une augmentation de 9,58%; pour les adultes on passe de 185 EUR à 204 EUR, soit 10,27% d’augmentation,
- Enfin, pour la Formule Loisirs, réservée aux adultes, on passe de 331 EUR annuels à 372 EUR, soit une augmentation de 12,38%.
Pour ce qui est de la rigueur avec laquelle a été préparée cette communication, la lecture du tableau nous montre que la participation de la CCSI pour ses habitants adultes annoncée à 20% dans le courriel est en réalité de 36,25% pour certaines formules comme la Chorale ou la pratique collective (et malgré tout, le prix payé par l’élève augmente par rapport à l’année précédente). Et n’oublions pas les heureux adultes n’habitant pas la CCSI inscrits en Formule Loisirs qui voient leur prestation passer de 662 EUR à 604,50 EUR, et bénéficient donc de la seule baisse tarifaire de l’année…
Pour appeler les choses comme elles sont, on est ici dans un pur exercice de communication. L’« équipe communautaire » qui signe ce texte, s’exprime en ces termes: « Nous avons le plaisir de vous annoncer que la CCSI participera financièrement à 50% pour les enfants et étudiants, et à 20 % pour les adultes habitants les communes de la CCSI ». À la lecture de ces quelques mots, n’importe qui s’attendra à se voir annoncer une baisse des tarifs du Conservatoire. Alors que, nous l’avons vu , il n’en est rien.
Dans le même ordre, on relèvera également la phrase suivante du courrier: «De plus, une réduction supplémentaire de 5% sera appliquée à compter du 2 ème élève de la même famille.». Une réduction était déjà applicable pour la saison 2020-2021, de l’ordre de 8 à 10% selon le type de cours choisi. On nous parle d’une réduction «supplémentaire», faut-il alors s’attendre à ce que la réduction appliquée s’élève désormais de 13 à 15%? Il est permis d’en douter.
Enfin, le timing choisi pour diffuser cette nouvelle grille tarifaire ne manque pas lui aussi d’interpeler. Envoyer ce courrier électronique le 1er juillet, alors que la décision d’appliquer ces nouveaux tarifs remonte certainement à plusieurs mois, et alors que les vacances scolaires débutent et que les cours du Conservatoire ont cessé, oui, cela évite que les personnes concernées ne puissent se concerter sur le sujet et réagir collectivement.
Le Conservatoire est administré au niveau de la CCSI. C’est donc dans ce cadre qu’a été décidée l’augmentation des tarifs qui a motivé la rédaction de cet article. Pour autant, sur le site internet de la CCSI, il est impossible de trouver la moindre information ou communication qui vienne expliquer cette augmentation, même en fouillant jusque dans les derniers comptes-rendus de Conseils Communautaires.
Si on recherche des références concernant le Conservatoire dans les documents mis à disposition du public par la CCSI, on tombera sur cet extrait dans le Sausseron Impressionnistes Mag’ de juin 2021, précisément en page 3 au cœur de l’édito de Mme la Présidente de la CCSI :
«2 902 321 € d’investissements pour lancer nos grands projets :
– […]
– Aider les communes pour l’entretien des équipements sportifs et développer le conservatoire de musique»
Développer le Conservatoire de musique en augmentant ses tarifs. On peine à comprendre.
Le coût de fonctionnement du Conservatoire ne peut pas avoir augmenté de plus de 10% d’une année sur l’autre, il n’y a pas de raison pour cela. De ce fait, la seule explication plausible à l’augmentation des tarifs est que la participation de la CCSI a en réalité diminué par rapport à ce qu’elle était précédemment. Oui, c’est spéculer, mais comment faire autrement, puisqu’aucune explication n’a été donnée ?
Si on se replonge dans le programme de la liste « Tous Unis Pour Auvers » pour l’élection 2020, histoire de voir quelles étaient les ambitions d’alors pour le Conservatoire, on n’y trouve pas une seule référence le concernant. Dans la double page consacrée à la Culture (pages 36 & 37), il n’y a rien. Bien des choses sur la médiathèque, un beau pavé sur le musée Daubigny où les Auversois mettent rarement les pieds, même une mention sur l’improbable demande de classement du Chemin des Peintres au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, mais pas un mot sur le Conservatoire.
En bas de ces pages on trouve toutefois des citations attribuées à des membres de la liste élue, dont on peut penser qu’elles ont valeur d’engagement :
«Dotée d’un patrimoine culturel d’exception et portée par le dynamisme de ses habitants, de ses artistes, de ses associations et de ses acteurs culturels, notre ville réaffirmera sa double ambition de mettre en œuvre des politiques culturelles au service de chacune et chacun et de faire rayonner notre village d’artistes.»
page 36
«Nous renforcerons l’offre des pratiques artistiques à destination des jeunes Auversois afin de développer leur créativité et leur sensibilité à la diversité culturelle. Nous nous appuierons en priorité sur les ressources locales et l’histoire de notre ville.»
page 37
Alors évidemment, on pourra dire que ces citations concernent la municipalité et pas la CCSI, qui a la charge de la gestion du Conservatoire, mais ce serait oublier un peu vite que ces élections n’étaient pas que municipales, elles étaient aussi communautaires.
On pourra aussi tenter de soutenir que l’enseignement musical ne peut pas être financé pour le plus grand nombre (ce qui reste à voir), ou que le budget n’étant pas extensible à l’infini il faut faire des choix et qu’à ce titre la commune d’Auvers-sur-Oise et la CCSI ont préféré favoriser des postes budgétaires bénéficiant à un public plus large. Admettons. Mais il faut bien savoir de quels montants on parle.
Il a été décidé de demander une contribution supplémentaire d’une petite dizaine de milliers d’euros aux élèves qui pensent s’inscrire au Conservatoire l’année prochaine (montant défini arbitrairement et à la louche, sachant que le Conservatoire compte environ 200 élèves pour lesquels l’augmentation tarifaire sera d’un peu plus de 50 EUR pour les enfants/étudiants en Formule Complète, qui constituent le gros des troupes). Gardez bien le montant en tête: 10000 euros. TTC. En voyant large.
À côté de cela, le CCSI prévoit de payer sans ciller plus d’un million d’euros (subvention obtenue déduite) pour 82 caméras de surveillance «en entrée de ville » et sur les bâtiments publics, caméras dont entre parenthèses toutes les études un peu sérieuses s’accordent à dire qu’elles ne servent à rien en termes de rapport coût/bénéfice. Mais pour le Conservatoire, et surtout pour ses 200 élèves, il n’était pas possible de mettre 10000 euros de plus au pot. Question de priorités.
Quoi qu’il en soit, qu’à titre personnel on soit d’accord ou pas avec ses décisions, le Conseil Communautaire de la CCSI a toute autorité pour définir son budget et dans ce cadre décider que les tarifs du Conservatoire doivent augmenter. Il est cependant regrettable que cela ne se fasse pas en toute transparence, et de façon assumée. Souhaitons que, même avec retard, et à défaut d’une réflexion en profondeur sur des tarifs plus abordables ou équitables, les explications sur cette augmentation finissent par arriver.